Populisme

Jean-Luc Mélenchon est souvent accusé par ses détracteurs d’être « populiste ». Qu’en est-il en réalité ?
Si on entend par « populisme » la démagogie raciste, xénophobe et antiparlementaire des partis d’extrême-droite, tels le Front National français, alors bien évidemment, non, JLM n’a strictement rien à voir avec ce populisme-là.
Mais si on entend par « populisme », le fait de défendre les intérêts du peuple contre l’oligarchie (la fraction la plus aisée de la bourgeoisie qui détient tous les pouvoirs politique, économique, culturel, et en use au service de ses propres intérêts de classe), alors oui, JLM est « populiste ».
Dans une interview accordée à L’Express le 16 septembre 2010, on trouve cet échange :

L’Express : « On dit souvent que vous cherchez à donner ses lettres de noblesse à une forme de populisme de gauche. »
JLM : « Je n’ai plus du tout envie de me défendre de l’accusation de populisme. C’est le dégoût des élites – méritent-elles mieux ? Qu’ils s’en aillent tous ! J’en appelle à l’énergie du plus grand nombre contre la suffisance des privilégiés. Populiste, moi ? J’assume ! « 

Comme l’explique Benoît Schneckenburger dans son livre Populisme, le fantasme des élites, ce n’est que dans les années 1990 que le terme jusqu’alors dépourvu de connotation péjorative systématique a été utilisé pour désigner la démagogie d’extrême-droite ou le fascisme :

« Au XIXe siècle, en phase avec l’industrialisation et la montée du capitalisme, un courant du socialisme s’est appelé populiste ».

Schneckenburger cite par exemple le mouvement populiste russe narodnichstvo, à l’origine du Parti ouvrier social-démocrate dont sont issus les bolcheviks, ou encore le People’s Party nord-américain, un temps allié du Parti démocrate pour défendre les intérêts des paysans de l’Arkansas et du Texas. Le populisme n’est donc pas en-soi synonyme de démagogie xénophobe.

« L’accusation de populisme révèle deux problèmes. En premier lieu l’émergence historique de mouvements populistes marque une crise de la représentation politique traditionnelle qui ne sait plus répondre aux attentes du peuple. De cette crise, bien des penseurs libéraux ne font qu’une analyse partielle. S’ils en notent la remise en cause des élites dirigeantes, la critique du système qui les produit ne doit surtout pas les atteindre. Comment pourrait-il en être autrement ? L’accusation de populisme masque en fait l’idée que l’appel à une forme plus directe ou plus impliquée du peuple reste fondamentalement illégitime, parce que le peuple serait, comme par nature, incapable de se gouverner lui-même. Le mépris du peuple constitue le fond souvent refoulé de la pensée libérale. »

N’en déplaise aux défenseurs de l’oligarchie face aux « classes dangereuses », il existe un populisme de gauche qui n’a rien de commun avec la démagogie xénophobe et anti-démocratique du populisme d’extrême-droite, et qui a été théorisé, notamment dans leur ouvrage Hégémonie et stratégie socialiste, par les philosophes post-marxistes Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (dont s’inspirent aujourd’hui Pablo Iglesias et Podemos… ou Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise).
Dans un entretien filmé entre JLM et Chantal Mouffe, les deux intervenants expliquent justement ce qu’est le « moment populiste » qui parcourt la planète et quel est l’enjeu d’une stratégie populiste de gauche pour construire une démocratie radicale et éviter le triomphe des populismes de droite (Trump, Orban, Le Pen…).

En conclusion, oui, JLM assume une stratégie populiste de gauche, mais contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, celle-ci est tout à fait conforme à la tradition du socialisme émancipateur et adversaire irréductible du populisme de droite.

Sources :
Benoît Schneckenburger, Populisme, le fantasme des élites, éditions Bruno Leprince, 2012,
Jean-Luc Mélenchon, L’ère du peuple, Pluriel, 2014, 2016, 2017,
Chantal Mouffe : « Le moment populiste », http://www.medelu.org/Le-moment-populiste

2 réflexions au sujet de « Populisme »

  1. Ah… le « populisme » ! encore une étiquette trafiquée pour mieux brouiller les cartes : aujourd’hui, tt le monde utilise des formules ttes faites, des mots tt prêts, sans aucune hésitation ni réflexion et tout ça devient des choses évidentes…

    Nos ennemis ont bien travaillé pendant ces années où nous étions absents : le langage en témoigne, il est une de leurs armes. Aujourd’hui, la droite, la gauche, le fascisme, le néo-nazisme, le populisme, …, ils ont dilué, affaiblit, échangé le sens des mots pour mieux égarer le peuple (oulala, le « peuple »… encore un concept dangereux…).
    Mais non le FN n’est pas d’extrême droite : il n’y a que leurs copains européens pour le dire encore… problème d’éléments de langage. J’ai croisé bien des jeunes et moins jeunes cons qui croient vraiment ce que Marine leur raconte : comme disait Goebbels, « plus le mensonge est gros mieux il passe ». Et les valeurs de droite ? Emplois fictifs ou pas ou tout simplement entre amis, en famille, quoi !
    Alors Les conneries sur JLM, j’en ai plus qu’assez et le prochain qui me sort « populisme » ou « extrémiste », je le tuderai, oui, je le tuderai…
    UBU

    Et merde ! ça suffit ! « Le Bon dieu dans la merde non de dieu ! »

    1. Le FN est d’extrême-droite, et même crypto-fasciste. Encore plus peut-être avec MLP qu’avec son père dont le libéralisme reaganien était plutôt une anomalie au regard de la tradition étatiste de l’extrême-droite, qui a toujours emprunté des éléments sociaux, voire révolutionnaires, à la gauche. C’est bien pourquoi l’historien Zeev Sternhell a vu dans le fascisme une « droite révolutionnaire ».

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